Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /2008 12:28



Au théâtre des Bernardines


Fruit Frais


Avec des ingrédients qui faisaient craindre le pire – corps nus, déco fashion – Charles-Eric Petit et quelques complices issus de l’Erac revisitent La Dispute de Marivaux avec une belle énergie. La raison : la qualité du texte, et un second degré jubilatoire, dans le jeu comme dans le son. Et la discorde, finalement bien peu prétentieuse, finit par être jubilatoire.


C’est le fait de Prince : dans un pari avec sa muse aux airs de Merteuil, autoproclamé Monsieur Loyal de la psychologie sociale et amoureuse, le voici qui organise une fête, histoire de tester quatre animaux appelés être vivant. Deux hommes, deux femmes, viergs de toute sensation, qui vont marivauder sous l’œil des deux metteurs en scène manipulateurs, incarnés avec un cynisme vite dépassé par Julien Mourroux et Julie Timmerman.

            Adapté de La Dispute de Marivaux, Le Fruit de la Discorde, créé mercredi par un groupe issu de la dernière promo de l’Ecole régionale d’acteurs de Cannes, est une belle surprise : D’abord parce que toute prétention est évitée, et que la nudité des corps et du plateau (grande bâche et rideaux de boucherie transparents avec projections vidéo jamais envahissantes, salade de fruits et ballons de vin) entre dans une grande cohérence avec le projet ; à penser que Marivaux lui-même aurait, s’il avait vécu aujourd’hui, jeté les robes et les corsets… Clairement, ce « cabaret » laboratoire est drôle et juste. Parce que la « comédie des corps » est rythmée et superbement incarnée, dans la fraîcheur des chairs et l’énergie des muscles, par un quatuor qui oscille sans cesse entre candeur et second degré, et danse « entre suspension et relâchement ». Parce que Pearl Manifold et Elisa Voisin (Eglaïs, la narcissique crachée des eaux et Coradine, manipulée et manipulatrice) sont des nymphes belles et ardentes. Parce que Charly Totterwitz est un guerrier très animal, et que Guillaume Clausse, au delà du beau et déniaisé Adamis, campe un Julio Iglesias ahurissant (En amour il faut toujours un perdant). Parce que le « troubadour » guitariste Samuel Réhault, campé à jardin, accompagne irrésistiblement le bal. Mais surtout parce que le texte de Charles-Eric Petit coule, ciselé et précis, ambitieux mais pas pompeux, enchaînant découvertes, désirs, jalousies, jusqu’au drame, tout en restant ludique, évitant globalement toute modernisation ridicule, mais restant pleinement ancré dans son temps.


DB

- Publié dans : Presse
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